Khatun Yapoudjian est née en 1898 dans la région de Marash dans l'Empire Ottoman. En 1915 quand les soldats turcs sont entrés dans son village de 240 maisons arméniennes, la maison de Khatun a été une des premières à être envahie. Elle a vu ses deux sœurs se faire tuer pendant qu'elle était cachée, impuissante.

A la suite de ces massacres, Khatun a pris les armes et a rejoint les forces locales d’autodéfense avec son frère et son mari. Ce dernier sera brutalement tué sous ses yeux pendant qu'elle était gravement blessée et laissée pour morte.

Elle a été déportée et a perdu son nouveau né pendant la marche forcée dans le désert. Réussissant à prendre la fuite, elle recommence la lutte à Homs en Syrie en menant des investigations pour trouver des enfants enlevés pendant le génocide afin de les rendre à leurs familles. Des centaines d'enfants seront ainsi retrouvés grâce à elle.

En 1918, après l'armistice, elle retourne dans son village natal. Mais les atrocités reprirent de plus belle et les forces Kémalistes massacrairent 150 000 arméniens qui étaient revenus sur leurs terres. Khatun a donc repris les armes, pour combattre tout en gérant simultanément un refuge pour femmes.

Après un siège de trois semaines, les soldats turcs ont incendié les églises dans lesquelles les femmes et les enfants s'étaient réfugiés et finalement tout le district arménien de Marash.

Avec le temps, Khatun est devenue une spécialiste de la dissimulation et du déguisement. Elle était recherchée morte ou vive par les autorités qui avait fait de la combattante une cible privilégiée, tant ses exploits gagnaient les consciences des Arméniens.

Après le siège de Marash, avec l’aide des missionnaires américaines elle a pu s’enfuir à Alep puis aux États-Unis d'Amérique, à Detroit.

En 1923, un an après son arrivée aux Etats-Unis, Khatun se marie et élève ses trois enfants en californie ou elle continue de servir la nouvelle communauté arménienne, en faisant du bénévolat pour plusieurs causes caritatives.

En 1959, à l’âge de 61 ans, Khatun Yapoujian est morte d’une crise cardiaque. Elle reste une héroïne anonyme et relativement peu connue des Arméniens, malgré son destin exceptionnel.

Charjoum lui rend hommage en baptisant symboliquement une rue de Paris à son nom.

Pavel Manoukian, dit Pavlik, était déjà une icône pendant la guerre du Haut-Kharabagh (1988-1994), grâce à une photo célèbre où il apparaît comme un pur fedaï avec ses cartouchières, son bandeau et surtout son visage barbu taillé à la serpe.

On l’avait un peu perdu de vue, mais il est revenu au premier plan en tant que militant actif pour la démocratie en Arménie au sein du parti Parlement fondateur, mais surtout en participant, cette fois avec son fils, à la nouvelle épopéedes « tordus du Sassoun », les Sasna Tsrer. Le 17 juin 2016, le groupe majoritairement composé d’anciens combattants, conduit par Pavlik Manukian, investissait un commissariat d’Erevan et exigeait la libération de l’opposant Jirayr Safilyan et la démission du Président Sargsyan.

Cette action a entraîné la mobilisation de la population déjà dégoûtée par les combines des oligarques, les fraudes électorales, les intimidations et, plus généralement par ceux qui désirent un changement de de régime. Le message suscité par cette action a été porté bien au delà des seuls anciens combattants, par une grande partie des opposants politiques pacifiques du pays.

Pavlik Manoukian est aujourd'hui, comme ses compagnons d'armes, en prison, venant ansi grossir le nombre des prisonniers politiques du pays.

Nous saluons son action de combattant lors de la libération de l'Artsakh et à l'idée qu'il a toujours portée, de voir un jour le peuple arménien totalement libéré.

La rue Pavlik Manoukian remplace la rue Claude Farrère, écrivain français, membre de l'Académie française, personnalité d'extrême droite et ouvertement raciste envers les Arméniens. Il tenait par exemple les propos suivants :
"Les Arméniens sont, en effet, les véritables Juifs de l'Orient - je prends le mot Juifs dans son plus mauvais sens et j'en fais mes excuses aux très nombreux Israélites que je connais pour n'être pas plus juifs que moi-même. Les Arméniens sont des Juifs tellement juifs - tellement rapaces, tellement vautours et vampires - que les vrais Israélites, écrasés par la concurrence arménienne, meurent littéralement de faim en Turquie. (...)Ruiné, affamé, désespéré, le Turc alors a parfois pris son bâton pour raison ultime. Je ne l'en glorifie point. Mais je l'excuse."
(Préface "Pourquoi le livre fut écrit", Paris, Dorbon-Ainé, 1913, pp. 19-22)

Dogan Ozguden est journaliste et un écrivain turc en exil en Belgique depuis 46 ans.
Né à Kalecik (Ankara) en 1936, il sera le témoin des persécutions contre les Arméniens, les Grecs et les Juifs de Turquie dans les années 1950. Journaliste engagé à gauche et pour les droits de l’Homme, il dirigera le plus grand journal progressiste dans la Turquie des années 1960 et dénoncera par sa plume, les massacres commis contre les minorités Kurdes et Alévies du pays.
Durant toute sa vie de militant, il a lutté avec son épouse, Inci Tugsavul, elle-même activiste depuis toujours. Après le coup d’Etat militaire de 1971, ils doivent s’exiler en Europe, et trouveront refuge en Belgique où ils créent et dirigent Info-Türk, un service d'information non-gouvernemental sur la Turquie ( http://www.info-turk.be ). Menacé de mort par les nationalistes et condamné à 300 ans de prison, cumulées par les peines d’une cinquantaine de procès d'opinion, il ne peut plus revenir en Turquie.
En tant qu’opposants au régime turc, Dogan Özgüden et sa femme se sont vues retirer leur nationalité turque par un tribunal militaire turc, en 1983. La justice turque a inculpé Dogan Özgüden en 2002 sur le fondement de l’article 301 du code pénal, pour « insultes aux chefs de l’Armée ».
Dogan Özgüden a toujours défendu avec force les revendications du peuple arménien, dans ses demandes de justice consécutives au génocide, ainsi que dans la lutte contre le négationnisme. Sa position a toujours consisté à soutenir les revendications des Arméniens et de ne pas se contenter uniquement de compatir avec les souffrances de ce peuple. Ces dernières années, il a dénoncé l’ingérence exercée par le gouvernement turc auprès des communautés turques d’Europe et particulièrement en Belgique où les nationalistes et les islamistes pro-Erdogan gagnent un terrain considérable.
Dogan Özgüden et Inci Tugsavul vivent à Bruxelles et continuent leur lutte.

Pınar Selek est une militante féministe, antimilitariste, sociologue ainsi qu'une universitaire et romancière turque née en 1971 à Istanbul.
Le 11 Juillet 1998, elle est arrêtée et torturée par la police turque pour qu'elle livre les noms des personnes qu’elle a interviewées dans le cadre de son travail sociologique sur les Kurdes de Turquie. Elle sera emprisonnée durant deux ans et demi sous de fausses accusations.

En 2004, quelques temps après sa sortie de prison, Pinar Selek publie son livre Barisamadik « Nous n’avons pas pu faire la paix » sur la culture militariste et les mobilisations pour la paix en Turquie. Avec d’autres féministes, elle a créé une revue théorique féministe "Amargi".

En 2006, elle est encore accusée par de faux témoignages, mais Pinar Selek continue de résister en organisant des événements et en écrivant contre le nationalisme, le militarisme, l’hétérosexisme, ainsi que toutes les formes de domination.

En 2008, elle publie son livre Surune Surune Erkek Olmak « devenir homme en rampant » qui traite de la construction de la masculinité dans le service militaire en Turquie. A la suite de ces publications, elle a été accusée une nouvelle fois par le système judiciaire.

Depuis près de 20 ans, Pinar fait face à l'acharnement de la justice turque et son procès fait sans cesse l'objet de demandes de révision, malgré les très nombreux acquittements.

Pinar Selek vit aujourd’hui en exil en France et résiste toujours. L'un de ses derniers ouvrage raconte la vie des Arméniens de Turquie et l’oppression nationaliste post génocidaire qu'ils vivent dans leur quotidien. Nous vous recommandons chaudement "Parce qu'ils sont Arméniens".

L'avenue Bugeaud, du nom du gouverneur colonial français en Algérie ayant procédé à de nombreuses exactions anti-algériennes, dont la répression de la révolte d'Abd el-Kader, a été remplacée par la rue Pinar Selek.

Soghomon Tehlirian était un militant révolutionnaire et justicier du génocide des Arméniens.
Il est né le 2 avril 1897 dans un Empire ottoman déjà fortement marqué par les massacres contre les Arméniens.
À 25 ans, il abat Talaat pacha (l’organisateur principal du génocide) dans le cadre de l'opération Némésis organisée par le parti Dachnagtsoutioun.
Talaat pacha, avait été jugé en Turquie en 1919, et condamné à mort par contumace. Ce bourreau des Arméniens, a fuit en Allemagne, grâce à la complicité de Certains Etats européens, pour rejoindre, sous une fausse identité, d'autres criminels « Jeunes turcs ». Le matin du 15 mars 1921, Talaat sera abattu par le jeune Tehlirian.
Arrêté par la police et jugé par un tribunal Allemand, Soghomon Tehlirian est acquitté, à la suite d’un procès grandement symbolique pour les Arméniens.
C’est en travaillant sur ce procès, que le jeune étudiant en droit de l’époque, Raphael Lemkin a démarré ses réflexions sur l’élaboration du crime de génocide et sur la justice internationale. Il dira plus tard à propos de ce procès : « Je fus choqué. Une nation était assassinée et les coupables mis en liberté. Pourquoi un homme est-il puni quand il en tue un autre ? Pourquoi le meurtre d’un million d’hommes est-il un crime moins grand que d’en tuer un seul ? »

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